Érika | Origine

Érika

Érika avançait difficilement dans la neige épaisse qui recouvrait son village. Elle avait l’habitude du froid, elle n’y faisait même plus attention. A cet instant elle n’avait qu’une idée en tête : la survie.

C’était le combat de sa vie, seize ans maintenant, et elle avait plutôt bien réussi. Il était rare que les femmes de son peuple ne soit pas déjà marié avec des enfants et ce n’était pas ce qu’elle voulait.

Elle savait de source sûre que les choses étaient différentes ailleurs. Pas partout mais elle savait qu’un jour elle arriverait à trouver un endroit où elle pourrait vivre sa vie comme elle l’entendait, enfin.

Un grognement vulgaire s’échappa de ses lèvres. Cette neige là était collante et commençait doucement à détremper ses bottes. Elle détestait avoir les pieds mouillés, cela lui rappelait les hivers particulièrement rude durant lesquels sont père la réquisitionnait pour l’aider à pécher sous la glace, comme pour la punir d’être ce qu’elle était.

Oh il avait apprit à se faire à ce don qu’elle possédait, à l’utiliser. Tant que cela pouvait lui apporter de l’argent et du pouvoir, tout lui allait. Et puis cela venait des dieux ! Pourtant la jeune fille savait qu’elle avait de la chance d’avoir Arnbjörn pour père. Il était peut être dur mais il restait juste Il aimait sa mère, n’avait jamais prit de concubines, du moins pas ostensiblement et pour Érika cela valait bien toutes les réprimandes du monde. C’était pourtant une habitude chez les vikings mais il lui avait un jour révélé que sa mère était la seule femme qu’il avait jamais voulu à ses côtés et que les autres ne lui inspiraient rien qu’elles soient belles, fortes ou ambitieuses.

Elle s’arrêta quelques secondes afin de reprendre son souffle. Ses yeux si bleus regardaient avec curiosités l’imposante maison qui se découpait dans la nuit, à l’écart du village. Elle reprit sa marche en inspirant profondément, sûre de son choix.

Érika s’était régulièrement servit de ses dons de médium afin d’améliorer la vie de sa famille mais elle n’avait jamais interrogé les spectres sur son propre futur. Ses connaissances sur l’avenir des autres étaient déjà bien trop étendues et elle voulait garder un peu de surprises en ce qui concernait le sien.

En y repensant elle se disait qu’elle avait surement eu tord et en payait à présent les frais.

Elle avait vu que sa sœur tombait malade, elle l’avait prévenue mais n’avait rien pu faire d’autre pour l’empêcher. L’espérance de vie n’était pas très élevée chez eux et cette mort n’avait surprit personne.

Érika, elle, avait été chamboulée.

Elle n’avait pas pu la sauver. Alors qu’elle avait pu annoncer l’arrivé des rennes dans la région nord, et la trahison du chef, elle n’avait pas pu sauver son unique sœur.

Érika c’était toujours bien entendu avec Holda. Malgré sa différence elles avaient été très proches, presque comme les jumelles du vieux Ergheut. Et si le mariage et les enfants avait quelque peut changer la donne, elles avaient continué à se voir régulièrement, pour parler, pour rire, pour rêver.

Et elle avait perdu cela, à jamais.

Son malheur se serait arrêté là si le mari d’Holda n’avait pas fait valoir la tradition : si la femme mourrait et qu’elle avait une sœur épousable, celle-ci remplaçait automatiquement la défunte.

C’était une coutume chez eux et cela économisait une dote. La jeune fille aurait dû s’en rappeler mais, tout à son chagrin, elle avait ignoré les multiples messages d’alertes que lui avait transmit les esprits. Quand elle s’était à nouveau éveillée au monde qui l’entourait il était trop tard : son père avait donné son aval pour le remariage et la cérémonie était déjà prévue.

Érika ne voulait pas de cette union. Sa mère lui avait dit que c’était pour la famille, pour l’honneur mais elle n’était pas la famille, elle était une personne à par entière.

La jeune fille avait essayé de se confier à elle, de lui expliquer, de lui faire comprendre que ce n’était pas possible mais elle n’avait pas comprit. Skeggi était un bon époux, il prendrait soin d’elle et de leur futur enfants comme il avait pris soin d’Holda. Et puis il était fort, bon commerçant et pressentit pour devenir le futur chef de leur village. Que vouloir de plus ?

Ida ne comprenait pas ce que voulait sa fille. Un mariage était quelque chose d’honorable, qui apportait la respectabilité à une femme et l’assurance de donner des descendants à sa famille.

La mortalité infantile était très forte chez eux et peut d’enfant parvenaient à l’âge adulte, soit douze ans, alors quand sa fille lui parlait de liberté, de voyage, d’individualité, elle se fâchait. Elle pourrait voyager avec son mari si cela lui chantait ! Et puis la liberté, qu’est ce que c’était que cette histoire là ? Elle n’était pas esclave ! Quant à l’individualité, c’était bon pour les autres, pour les incultes, pas pour eux. Ils étaient un peuple évolué, eux, et la famille, la tribu, ça passait avant tout.

Et Érika avait explosé. Elle lui avait dit que c’était cela qui allait tous les perdre, parce que les vikings étaient de moins en moins nombreux, elle le savait : ses fantômes lui avaient dis. Que dans peu de temps, quelques années tout au plus, leur brillantes civilisation ne serait plus qu’un lointain souvenir et qu’il était hors de question qu’elle donne sa vie pour une telle chimère. Elle refusait de finir comme sa sœur.

À ses mots sa mère l’avait frappé, fort. La famille n’avait pas besoin d’une femme aussi égoïste ! Elle ferait ce qu’on lui dirait parce que c’était ce qui était juste.

Et elle l’avait laissé seule avec les esprits.

C’était quelques heures plutôt. Une esclave lui avait apporté un repas auquel elle n’avait pas touché. Elle était restée prostrée là, à écouter ce que lui soufflaient ses visions. Et elle avait pris sa décision.

Ils lui avaient rappelé l’existence d’Ythier, le vieux guerrier. Ils lui avaient parlé de lui, de son pouvoir, de ce qu’il pouvait lui apporter. C’était ainsi que son plan s’était construit, petit à petit, heures après heures.

Après s’être assuré que tout le monde dormait elle était partie sans regret, n’emportant avec elle que ses vêtements.

Érika avait beaucoup entendu parler du guerrier : il avait été le héro de son père durant toute son enfance et quand il était venu vivre dans le village cela avait fait beaucoup de bruit. Le chef du moment avait été le seul à le rencontrer et avait raconté d’étranges choses en cinq ans elle ne l’avait encore jamais croisé.

Ce qui l’avait le plus étonné était le fait qu’il soit encore en vie après tant de temps. À près de trente ans son père était l’un des anciens de la tribu et passait même pour un homme âgé. Si Ythier était un guerrier quand Arnbjörn était enfant il devait bien avoir dans les cinquante ans or cela n’était pas possible, un homme ne pouvait vivre aussi longtemps !

Puis les esprits lui avaient expliqué que le guerrier possédait un pouvoir qui lui permettait de ne pas vieillir. Ils ne savaient pas vraiment d’où ce pouvoir lui venait mais il lui conférait aussi une très grande force et qu’en contre parti il ne pouvait plus sortir à la lumière du jour et devait s’abreuver de sang.

Cette dernière information avait choqué la jeune fille, plus encore que d’apprendre que l’homme était immortel, mais elle s’était rapidement reprit, comprenant que c’était là sa seule chance de quitter cet endroit et d’échapper à son destin.

C’est pour cela qu’elle parcourut le plus rapidement possible les derniers mètres qui la séparait de sa maison. Ses amis lui avaient assuré qu’il serait chez lui cette nuit là et elle savait qu’elle pouvait leur faire confiance.

Érika avait toujours été sûre d’elle et des décisions qu’elle prenait, pourtant un besoin de fuir irrépréhensible la prit lorsqu’elle entendit sa main taper contre l’épaisse porte de bois.

Il ne fallut que quelques secondes à l’homme pour venir lui ouvrir.

Jamais encore elle n’avait vu quelqu’un d’aussi beau.

D’après son physique elle ne lui aurait pas donné plus de vingt-cinq ans.

Sa peau était si pâle qu’elle aurait pu concurrencer la pureté de la neige qui les entourait. Il était imposant, charismatique. Ses yeux étaient noirs et la dardaient avec curiosité. Il y avait quelque chose d’animal en lui, quelque chose qui la fascinait.

« Si j’accepte de vous appartenir durant trois cents ans est-ce que vous pouvez me promettre de m’amener loin d’ici le plus rapidement possible ? »

Elle avait levé vers lui son petit menton pointu dans une attitude de pure provocation et ses yeux si bleus semblaient près à l’hypnotiser.

Ythier ne l’entendit même pas. Cela faisait des années qu’il n’avait pas reçu de visite les gens le craignaient, à raison, et il avait lui-même demandé à l’ancien chef que l’on ne vienne pas le déranger ou les opportuns en subiraient les conséquences.

Et pourtant ce petit bout de femme se trouvait devant lui, fière et provocante.

La plus belle femme qui lui est été donné de voir, tout en finesse. Elle avait de longs cheveux brun/auburn qui cascadaient librement sur ses épaules sous formes de boucles soyeuses.

Un filet de buée s’échappait de ses lèvres rendues violette par le froid. Elle avait plissé son petit nez, l’air déterminé.

Et il y avait ses yeux, ses yeux océans. Il su à l’instant qu’il pourrait tuer pour pouvoir se noyer dedans.

Il lui fallut quelques secondes avant de se rendre compte qu’elle attendait une réponse.

« Pardon mais je ne vous ai pas entendu. »

Érika n’aurait jamais imaginé qu’il puisse avoir une voix aussi chaude, aussi douce. Et puis il était poli.

« Si j’accepte de vous appartenir durant trois cents ans est-ce que vous pouvez me promettre de m’amener loin d’ici le plus rapidement possible ? répétât-elle de son ton le plus posé.

– M’appartenir ? »

Le blond n’était pas sûr de comprendre ce qu’elle lui proposait. En faite il n’était pas sûr qu’elle le sache elle-même.

« Sais-tu qui je suis jeune fille et ce qu’implique ta demande ?

-Je sais que vous devez consommer du sang pour continuer à vivre, les esprits me l’on dit, répondit-elle avec effronterie. Je vous offre le mien durant trois cent ans si demain à la même heure nous sommes en route vers une autre contrée.»

Ythier admira l’aplomb dont-elle faisait preuve. Elle ne tremblait ni ne bafouillait. Pourtant il pouvait sentir sa peur et ses craintes étaient écrites au fond de ses yeux bleu. Des yeux qui lui rappelaient décidément le ciel d’été se reflétant dans les eaux de la mer. Il avait envi d’en apprendre plus sur elle, envi de découvrir son univers.

Envi d’accepter son offre.

Il s’adossa contre le chambranle de la porte et la toisa.

« Et qu’est ce qui te dit que je voudrais de ton sang pendant une si longue période ?

– Vous me désirez. Je le vois dans vos yeux. »

S’il n’avait pas été un suceur il aurait sans aucun doute sursauté face à cette réponse. Cela avait été dit avec tant d’ironie.

Ses lèvres s’étaient courbées en un sourire moqueur. Elle connaissait les hommes et celui-là n’était guère différent de ceux qu’elle côtoyait habituellement.

« Qui te dit que cela suffira. Le désir ne dure pas trois cent ans. D’ailleurs, qui te dis que tu pourras vivre aussi longtemps. Tu n’es qu’une humaine.

– Je vous l’ai dit, je parle aux morts et eux savent qu’il y a un moyen pour que je sois lié avec vous. De toute manière je ne partirais pas. Je n’ai plus rien à perdre. »

Ce fut peut être son caractère qui le poussa à la faire entrer, ou alors sa beauté fascinante, mais Ythier en était sûr : leur rencontre était prévu, c’était leur destiné.

Il fit donc d’Érika son calice selon les instructions des esprits et l’amena loin de chez elle. Le voyage fut long et difficile vu qu’ils étaient obligés d’avancer de nuit mais cela permit de créer un lien entre eux.

Ce fut durant ce voyage qu’il s’abreuva de son sang pour la première fois. Ce fut durant une tempête de neige qui la posséda charnellement pour la première fois, doucement, comme pour la réchauffer. Ce fut durant ce voyage qu’il comprit à quel point elle était unique, à quel point elle était belle, à quel point il l’aimerait.

Et le temps passa. Ils visitèrent le monde ensemble. Elle toujours curieuse, voulant apprendre, découvrir, savoir. Lui se contentant de la savoir heureuse.

Elle lui parlait des nuits durant de ce qu’elle voyait le jour. Elle était devenue ses yeux, son oxygène. Son sang était le seul qui le rassasiait, sa présence était la seule qu’il désirait.

Plus le temps passait et plus elle devenait belle. Elle s’épanouissait jusqu’à rayonner.

Elle était devenue son soleil.

Érika ne faisait plus appel à ses amis les spectres. Elle se contentait de leur parler, de les consoler mais elle ne voulait plus connaître le futur.

Elle aimait cette vie indécise et éphémère qu’elle tissait à chacun de leur voyage.

Elle aimait ce qu’Ythier lui apportait : de la douceur, du plaisir et de l’amour. Et puis il l’écoutait Il semblait ne pouvoir se lasser de ses histoires.

Durant près de deux siècles ils s’étaient suffit à eux même. Elle lui avait demandé comment il était devenu un suceur et, s’il avait mit du temps à répondre à son attente, il s’était révélé étonnement volubile. C’était un excellent orateur, il savait capter l’attention de son auditoire et rendait ses récits étonnement vivant. Elle aimait quand il lui comptait ses croisades, le commerce, les conquêtes de nouveaux territoires, la folie des hommes.

Et puis il avait quand même fallut qu’ils s’ouvrent au reste du monde, qu’ils rencontrent d’autres personnes. Ils se disputaient un peu, pour des broutilles, pour des regards, pour des gestes un peu de jalousie distillés. Des avis qui divergent, des regards qui s’affrontent, des souffles qui continu à se mêler.

Et elle avait disparu, une nuit, comme ça, n’emportant avec elle qu’une parure d’argent.

Cela faisait déjà trois cent ans.

•••

Il est bien évident que les personnages, l’histoire et la rédaction de celle-ci est ma propriété.

Zoo.

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5 Commentaires

Classé dans Histoires

5 réponses à “Érika | Origine

  1. Leramina

    J’aime beaucoup, c’est un peu succinct parfois mais la trame est bonne et accroche bien le lecteur, vivement la suite 🙂

  2. Camille

    Cette histoire est magnifique. J’aime d’autant plus Erika.

    Tu m’as captivée avec ce récit, c’est magnifique.

  3. Pinky W.

    J’adore *-*
    Tu écris très bien, la lecture est fluide et belle, l’histoire que tu racontes est très intéressante. Bref, je veux vite lire la suite *-*
    (Jolie photo en passant)

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